Un comptre-rendu plus que fragmentaire de la biennale d’Issy-les-Moulineaux, placée sous le signe de la Corée.
Hier avait lieu le vernissage de la sixième biennale d’art contemporain d’Issy-les-Moulineaux, avec pour thème Ce paradis qui est le vôtre, d’après le roman homonyme de Yi Ch’ong-Jun, publié chez Actes Sud et disponible sur Amazon.
Un carton d’invitation séduisant (Fragment ballon de basket, une superbe sculpture de Julien Gudéa), la présence de S.E.M. Ju Chul-Ki (ambassadeur de Corée du Sud en France) et de Mo Chul-Min (directeur du Centre Culturel Coréen) ont attisé ma curiosité.
L’occasion aussi de visiter le musée de la carte à jouer, qui s’est révélé être un lieu assez exceptionnel. Les pièces de la biennale étant exposées au milieu de l’exposition permanente, on pouvait donc voir un film d’une femme poussant du bout du pied un foetus ensanglanté au milieu de jeux de cartes du 18e siècle…
L’ambiance étant… celle d’un vernissage d’art contemporain pour lequel un ambassadeur se déplace, je ne suis pas forcément resté longtemps.
Voici tout de même quelques photos de pièces que j’ai particulièrement aimées.
Les paysages portables
de Lee Min-ho
À travers les fenêtres de mon atelier, je vois les constructions en métal et les deux grandes cheminées d’une usine d’où sortent des fumées énormes.
Les gens regardent cette scène avec des émotions à la fois audacieuses et habituées. C’est peut-être qu’on la considère comme un paysage nécessaire dans notre époque. Ce paysage qui est créé par mes contemporains et pour nos besoins, nous envahit et forme un monde. Comment peut-on décrire ce paysage contemporain? Peut-être par le portable… PAYSAGE PORTABLE (paysage sur mesure).
Certaines boîtes étaient véritablement remplies d’herbe, tandis que d’autres de fleurs en plastique.
Sans avoir besoin de glose pompeuse, ces paysages font part d’une réflexion sur notre société totalement tournée vers la ville. Ça m’a rappellé Séoul, où l’absence d’espaces verts pouvait parfois être oppressant et où un paysage portable aurait pu avoir sa place (de l’herbe de Normandie avec la photo d’une vache ?).
Ces paysages portables permettent de se réapproprier notre quotidien urbain, en nous permettant de les ouvrir et les refermer au besoin.


Descriptif: Boîte en bois, herbes et photographies
Dimension : 70*45*35cm
Année : 2004
En couleur-Farbprobe
de Youn Ha-Cha
Depuis que je vis en Europe, il m’a fallu construire ma propre tradition. Je suis traditionnelle en même temps qu’attachée à mes environnements du moment. En utilisant des sacs plastiques de toutes les couleurs et de différents pays, cela me permet de m’installer partout : « Everywhere can be my studio ». Je ne crée pas la couleur des sacs, en les assemblant, en les superposant, je les détourne du banal et du polluant pour leur donner une autre dimension plus poétique…
Comme Youn Ha-Cha le dit, les sacs en plastique prennent dans ses installations une véritable dimension poétique. Les couleurs saturées, la mise sous verre, la composition obtenue nous font voir autre chose qu’un simple objet de notre quotidien et c’est une véritable réussite.
Il y avait également un court métrage, toujours autour des sacs plastiques, qui était lui aussi fort sympathique.

Descriptif : sacs plastiques de multiples couleurs sous verre
Année : 2004
Ailleurs dans l’exposition, Meriem Djahnit, dans Corail, suspend des ballons de baudruche au plafond pour « remettre en cause la stabilité du socle terrestre et de notre propre condition » et nous parler « de notre place dans le monde, nomade et instable ». Ça doit être moi, mais j’ai l’impression que l’art contemporain permet à certains de se prétendre philosophe en posant une brique par terre et en déclamant 3 ou 4 phrases grandiloquentes dessus.
Pas sûr que, s’ils devaient en écrire plus, on se trouverait face au prochain Deleuze…
Je ne parlerai pas de la boule entourée de film plastique ni des silex montés sur des tiges de métal. Je suis sûr que, si je les avais lus, leurs descriptifs m’auraient éclairé sur la dématérialisation des bases constitutives du réel dans les champs de la mémoire intemporelle[1].
À noter les photographies en miroir de Sabrina di Geronimo, lesquelles – à travers un montage simple, vu et revu – ont pourtant réussi à me surprendre et me faire voyager…
Et quid d’avoir pu rencontré l’ambassadeur de Corée et le directeur du Centre Culturel Coréen?
Je dois avouer m’être éclipsé avant les discours d’inauguration…
Vous pouvez visionner un reportage sur la biennale d’Issy sur Issy.tv
Notes
[1] oui, d’accord, j’ai lu les descriptifs
À lire aussi :
- Appel à traducteurs !
- Libertés dans les Corées
- Avant-première d’un documentaire franco-coréen
- Le dragon s’en est allé…
- Le Poète de YI Munyol
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