Un regard sur le manuel de coréen de Shim Seung-Ja et André Fabre, de la collection Langues-INALCO.
Dans la préface, les auteurs présentent ainsi le manuel :
Le premier volume de notre « manuel de coréen » se compose de 17 leçons comportant chacune une quinzaine de phrases. Chaque leçon offre dans l’ordre : un texte, les explications grammaticales, le vocabulaire, la traduction du texte et des exercices.
Cette structure est immuable tout au long du manuel. Les 5 parties de la première leçon se divisent ainsi :
- le texte : 15 phrases, à la fois en Hangul (l’alphabet coréen) et romanisées
- cinq pages de grammaire
- une page de vocabulaire
- la traduction du texte
- quatre exercices : deux de traduction (thème, version), un de transformation (passage à la forme négative), un de réemploi (production d’un énoncé contenant des éléments prédéterminés)
Cette structure est la même pour toutes les leçons, avec l’emphase sur la grammaire qui est parfois encore plus accentuée. Par exemple, la treizième leçon propose 12 phrases… pour 14 pages de grammaire !
On se place donc clairement dans une approche traditionnelle (basée sur le couple grammaire-traduction), avec une progression grammaticale et non de type notionnel fonctionnel.
Ici aucun objectif communicatif n’est jamais présenté. On ne se rapproche à aucun moment des réalités de la communication (sauf à considérer que des phrases du type « Jean est un homme. Jean est un être humain. Marie est une femme. Marie est un être humain. Jean et Marie ne sont pas des animaux » sont d’un usage quotidien). Or, s’il est précisé qu’il s’agit bien d’un manuel et non d’un guide de conversation facile, on pourra réfléchir à la pertinence d’utiliser des exemples aussi artificiels.
On retrouve clairement le modèle d’apprentissage des langues toujours dominant en Corée : méthode transmissive, imitative, dans laquelle on va s’appliquer à imiter des modèles à travers des exercices structuraux.
Plus gênants, actes de paroles (sens implicite donné à une phrase) et aspects sociolinguistiques ne sont pas plus abordés. Or la communication n’est jamais seulement linguistique, et le risque d’une mauvaise compréhension est alors d’autant plus grand qu’un locuteur coréen privilégie souvent le non-dit.
De manière plus globale, est-il possible de faire abstraction de la culture d’un peuple au moment de l’apprentissage de sa langue ? S’il est clair que ce livre n’est pas conçu pour être l’outil unique de l’apprentissage du coréen, aucune indication ne développe l’importance de compléter son apprentissage par des lectures annexes sur les aspects socio-culturels de la Corée.
Même s’il est bien évidemment possible d’apprendre ainsi une langue, je crois que le risque sera de se trouver bloqué par trop de grammaire. Il est à mon sens préférable de communiquer en faisant des erreurs que de chercher à construire des phrases grammaticalement exactes, idéal tellement difficile à atteindre.
C’est pourquoi je continue sur mon manuel en anglais Let’s speak Korean, qui suit une progression communicative en spirale et qui présente des phrases utiles dans la vie quotidienne. Je reviendrais d’ailleurs sur ce livre dans un prochain billet.

Un livre de Seung-Ja Shim et André Fabre, de la collection Langues-INALCO, aux éditions L’Asiathèque
Disponible sur Amazon.fr
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