Cela faisait de longs mois que cette bande dessinée coréenne (ou manhwa) me faisait de l’œil. En fait, depuis que je l’avais repéré au détour d’un rayon de la Fnac lors d’un passage éclair à Rouen.
Il faut dire que les manhwas indépendants ne sont pas légions en France (on a heureusement les traductions de l’excellente maison d’édition Saï Comics), alors, quand on a le bonheur d’en trouver et qu’en plus le sujet est pour le moins insolite — le récit de la vie quotidienne d’un Coréen du Sud envoyé au Nord pour superviser des travaux —, il fallait vraiment avoir oublié tous moyens de paiement pour ne pas l’acquérir sur le champ.
Mais cette erreur aura enfin été réparée et j’ai pu dévorer cet ouvrage qui aura répondu à toutes mes attentes.

Couverture couleur
Intérieur noir et blanc
Format : 16,5 x 22 cm
240 pages
ISBN : 978-2-914553-61-2
Prix : 19 €
Disponible sur Amazon
Oh Yeong Jin, technicien sud-coréen du bâtiment est envoyé en Corée du Nord pour installer des canalisations. Sur le chantier, le manque de moyens et l’organisation rigide de la vie quotidienne compliquent le travail. Dans les discussions, les questions politiques émergent parfois, mais rien ne doit remettre en cause l’idéologie d’État. Les échanges entre les Coréens du Nord et leur « visiteur du Sud » empruntent des chemins tortueux qui en deviennent comiques. Pourtant, malgré les différences culturelles et sociales entre Nord-Coréens et Sud-Coréens, le séjour de M. Oh laisse entrevoir bien des points communs.
Oh Yeong Jin nous offre un récit documentaire et autobiographique plein d’humour, et accompagne ses histoires dessinées de textes qui développent certains aspects historiques, techniques ou pratiques.
La grande force de ce livre est, plus que le dessin simpliste (et qui risque malheureusement d’en rebuter certains), l’approche très humaine qui s’en dégage. Évitant tout dogmatisme, Oh Yeong-jin donne à voir et à comprendre le quotidien d’une Corée du Nord trop méconnue et toujours diabolisée. En cela, on peut dire qu’il s’agit d’une œuvre salutaire qui rejoint ce que Marjane Satrapi a réalisé avec Persepolis.
La lecture de ce livre m’a d’ailleurs rappelé l’excellente série de billets de Fred (toujours en cours, du moins je l’espère fortement) qui partage des anecdotes de sa vie quotidienne dans ses Souvenirs de Corée du Nord.
Ce livre a été publié en 2004 par GCK Books (que l’on connaît grâce aux traductions que nous propose la collection Hanguk : Lotto Blues, Cosmos…) et nous montre que le rêve d’une réunification n’était peut-être pas si insensé que ça et que les missions de coopération avaient un réel impact auprès de la population nord-coréenne.
Malheureusement, depuis 2004, la situation entre les deux Corées s’est bien détériorée avec la politique hostile de Lee Myung-bak qui a réussi à anéantir en l’espace de quelques mois les acquis d’une décennie de Politique de la main tendue (Sunshine Policy).
Beaucoup des espoirs qu’Oh Yeong-jin partage dans son livre se seront donc évanouis, ce qui donne à certains passages une tristesse amère…

Le Visiteur du Sud a été primé à plusieurs reprises (2004 SICAF Award, Best Planning, 2004 Korean Comic Award, Special Prize) et a reçu en France le Prix Asie-ACBD 2008 pour la traduction française aux éditions Flblb.
N’hésitez pas à lire l’extrait visiteur disponible sur le site de l’éditeur.
Ce Journal de Monsieur Oh en Corée du Nord est une lecture que je ne saurais trop conseiller, en attendant (avec impatience) le deuxième tome Le Visiteur du Sud, tome 2, prévu en avril 2009.
À lire aussi :
- L’excursion coréenne, BD de Nicoby
- Offre d’emploi : lecteur de FLE à Daejeon
- À la découverte des grandes œuvres de la littérature coréenne
- Venez découvrir Chan-ok au Salon du Livre
- Seoul Selection, LA librairie à visiter sur Séoul
Répondre








